Un Jour, des Femmes

Un Jour, des Femmes
08 mars 2017 à 18h20

Un Jour, des Femmes : 8 mars

 

Enceintes et renvoyées : regard sur le sort des futures mamans aux Etats-Unis

 

Rofle, le 8 mars, on va encore nous prendre l’chou avec la Journée Internationale des Droits des Femmes alors que leur situation s’est globalement améliorée. Pourtant, l’arbre des améliorations réelles cache tant bien que mal la forêt encore dense des inégalités. Les femmes gagnent en France, en moyenne, environ 10% de moins que les hommes. En outre, elles sont beaucoup plus vulnérables sur le marché du travail où elles restent championnes du SMIC, avec des emplois partiels et précaires. Elles sont aussi peu présentes dans les conseils d’administration (sauf peut-être pour porter le café) et comme une peine va souvent de pair, leurs positions inférieures encouragent les harcèlements ou autres comportements lourdingues. Leur représentation en politique reste très faible (ou du moins très peu visible) dans les plus hautes autorités françaises et la seule voix qui se revendique dans les grands médias comme étant féministe dans l’élection qui se joue dans l’Hexagone est celle d’une candidate de l’extrême. L’excision et le mariage forcé restent encore présents sur le territoire et déchirent des vies. Tandis que les violences conjugales en finissent une tous les trois jours contre un décès tous les quatorze jours pour les hommes. Une belle récompense pour elles, pour un temps de travail domestique en moyenne 75% plus élevé que les hommes, voire plus si on prend compte leur temps à s’occuper des enfants [1].

 

Presque tout ce que je viens d’énoncer, je peux l’associer à une expérience de vie et à des personnes que j’ai pu rencontrer : J’ai gagné plus que mes collègues pour des raisons qui m’échappent encore ; J’ai vu des amies “cocardées” mystérieusement par un escalier ; mes grands chefs étaient tous des hommes et certains ne se dérangeaient pas pour mater et commenter le physique de mes collègues ou clientes ; des conneries j’en ai pas mal entendu et de la part de femmes, ce qui n’est pas rassurant. Et que dire de certains comportements d’hommes politiques, entre le député Denis Baupin qui s’en tire à bon compte grâce à une prescription incompréhensible de trois ans pour les cas de harcèlements sexuels ou encore l’eurodéputé polonais Janusz Korwin-Mikke qui justifie les différences de salaires car pour lui, les femmes sont moins intelligentes que les hommes [2]… Bref, les inégalités, les stéréotypes et les situations intolérables ne sont pas enfermés dans les recueils statistiques, ils sont partout, il suffit bien souvent de se balader dans la rue ou de discuter avec une femme pour s’en rendre compte.

 

Stéréotypes ! Je vous aime !

Liste non-exhaustive !

 

Et les stéréotypes ? On en parle des stéréotypes ? Femme plus faible, femme plus émotive, femme plus naturelle, femme plus patiente, femme plus maternelle… Le genre est un des plus petits dénominateurs communs de l’altérité et celui-ci impose un statut d’inférieur face à l’étalon de toutes choses qui reste le masculin par défaut, sauf peut-être pour le ménage ou les enfants. Les femmes sont souvent au fourneau sauf quand on parle d’étoile et de macaron, où là ce sont majoritairement les hommes qui en sont les chefs. Les femmes entretiennent plus souvent l’espace domestique mais quand il s’agit de le créer ou bien de le modifier à grands coups de travaux, ce sont les hommes qui prennent le relais. Les infirmières font peut-être un boulot remarquable mais c’est souvent les hommes qui tiennent le bistouri et en retirent les lauriers. Je suis assez sûr que plus on avance dans les cursus scolaires, plus le professeur aura tendance à être un homme. On se passionne pour les sports mais moins quand c’est une femme qui tire un ballon et plus quand c’est un homme qui tient la raquette. Bref, l’excellence a une configuration, XY au niveau des gènes.

 

Et les stéréotypes pèsent sur les comportements individuels et la perception des possibles. Un test a été fait dans plusieurs universités visant à établir la perception de la douleur suivant le sexe. Même si la recherche tente de détecter ces différences, le poids des représentations de genre influence les uns qui se forcent à souffrir pour confirmer leurs statuts de virilité et d’assurance, et les unes qui semblent moins enclines à tenir et s’autorisent plus volontiers à abandonner car la société s’attend à ce qu’elles soient plus faibles et la sanction moins lourde à assumer [3]. On peut parler aussi de la persistance malsaine du stéréotype de la femme tentatrice, dédouanant ceux qui violent car après tout, elle n’a pas à se plaindre de se la faire mettre au vu de la jupe “ras la touffe” qu’elle met. C’est bien commode.

 

I’m a Barbie Player, in a men world

 

Et la culture geek là-dedans ? Eh bien elle évolue dans ce contexte. On a beau rappeler que la moitié des joueurs sont des femmes mais le marché reste pour l’instant très compartimenté tant et si bien qu’il y a des jeux pour filles et des jeux pour les autres qui sont par défaut des hommes. Il suffit de regarder les répertoires de jeux flashs pour s’en convaincre : Il y a des jeux de tir, de réflexion, d’action etc. et la catégorie des jeux pour filles, bien plus rose, est remplie de jeux de beauté, de dressing ou de cuisine. C’est moins l’existence de ces jeux que de leur référencement qui pose problème : Il y a plusieurs styles de jeux pour filles mais ceux-ci restent avant tout des jeux pour filles avant d’être des cooking ou dressing sim’. Et là-dedans, peu de chances de voir des disciplines eSportives se développer. Les femmes, naturellement plus faibles ou du moins plus faillibles que les hommes, sont-elles condamnées à avoir leurs division bis pour concourir, à l’instar du sport traditionnel ? Si l’on continue à voir les femmes comme des facteurs de désorganisation massive dans une gaming house remplie d’hommes en âge de procréer, indubitablement oui. Tiens, femme faible et tentatrice, les jeux-vidéos et ce qui gravite autour, peuvent-ils, comme d’autres artefacts culturels, dire quelque chose sur les sociétés où nous évoluons au jour le jour ? Je pense que oui. Dans un milieu analogue et au risque de choquer l’otaku qui sommeille en nous, les mangas et la japanim’ ne font guère mieux : Au Shôjo les histoires d’amour et au Shonen les histoires de dépassement de soi…Sumimasen.

 

Les femmes sont bien présentes dans les jeux pour mecs mais c’est généralement sous le saint patron du bonnet D que leurs corps sont représentés. Les héros de jeux-vidéo ont l’éventail des possibles tant qu’ils restent des hommes (blancs). Il y a bien Lara Croft mais elle semble irrémédiablement coincée entre une image d’émancipation des femmes dans les jeux-vidéo (c’est la première héroïne qui a une histoire et une personnalité développées) et une autre de rince l’œil à geek (une histoire oui mais on va développer aussi la paire de personnalités qui va avec).

 

Mais où sont les subalternes ?

 

Pourtant, des femmes qui font le jeux-vidéo, il y en a. Et c’est d’ailleurs une critique qu’on peut me faire : à trop rejeter la faute sur le patriarcat, on oublierait presque que les femmes participent à l’essor de la culture geek : du secteur de la comptabilité, à la direction artistique, sur les plateaux d’analystes, dans des salles de tests etc. Les femmes sont bien présentes et, mettre trop en avant les inégalités, les injustices, les luttes de genre ne devrait pas les faire oublier. N’en déplaise aux sceptiques, c’est bien là toute l’utilité d’une journée comme le 8 mars.

 

Manifestation de femmes de soldat contre le guerre et les rationnements et premier jour de la révolution russe – 8 mars 1917

 

Il y a 100 ans, à Saint-Pétersbourg une manifestation de femmes en colère, notamment contre la guerre et les restrictions alimentaires, marque le premier jour d’une révolution qui va changer l’histoire mondiale. Par ailleurs, leur cortège croisa un autre, celui de suffragettes, des femmes issues de la bourgeoisie réclamant le droit de vote. Le nouveau gouvernement russe le leur donna quelques jours après l’abdication du tsar Nicolas II [4]. On peut aussi parler de figures très engagées dans des luttes féministes durant la fin du XIXème-début XXème comme Louise Michel (pour la plus connue), Séverine, Nathalie Lemel pour la France ou Alexandra Kollontaï, première femme à faire partie d’un gouvernement, en Russie justement. Il y a également cette histoire des femmes calculatrices de la Nasa qui, en dépit du stéréotype de la femme nulle en sciences bien dur, aidèrent de par leurs opérations mathématiques à envoyer les premières fusées habitées états-uniennes dans l’espace, ou Apollo 11 à la conquête de la Lune [5]. Jamais actrices du changement, rarement prises en compte dans les évolutions, les femmes sont pourtant toujours là, pas bien loin mais généralement les grands récits historiques ne les rendent pas opérantes.

 

Il paraît donc important de faire une histoire des jeux-vidéo, non pas en passant par les grands hommes blancs pionniers dans la programmation ou la caradisign, mais en s’intéressant à la pluralité féminine sans qui, j’en ai nul doute, la culture geek ne serait pas ce qu’elle est à présent. On verra certainement apparaître des profils très différents qui tordront le cou, propre en ordre, à tous ces stéréotypes genrés. En terme un peu plus péteux, c’est dé-subalterniser pour remettre à leurs justes places ces personnes. C’est d’autant plus important que les jeux-vidéo sont encore jeunes et leur institutionnalisation est encore à son balbutiement. De plus, il paraît que beaucoup de différences genrées et de stéréotypes apparaissent à l’adolescence et c’est encore une forte cible pour l’industrie qui produit cette culture geek. Ce travail de dé-subalternisation paraît définitivement important et c’est ce que va proposer à partir de ce 8 mars Pink Ward et ce, chaque mois avec un article sur une femme qui participe à l’essor de cette culture ou sur un personnage qui s’affranchit des stéréotypes genrés. Faire ressortir les différences pour rendre saillant les constructions et les stéréotypes de genre pour mieux les combattre. C’est peut-être là une première étape pour voir se développer une meilleure mixité dans nos passions numériques.

 

Et bonnes grèves et manifestations à celles et ceux qui participent aux mobilisations d’aujourd’hui :).

Marche d’ouvrières du textile – New York – 1857 – Avant que la police charge manifestement

 

SOURCES :

 

Crédit image (dans l’ordre du texte) :

Auteur

mamyTrombone

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